Langage des mains: 2 fonctions principales au delà de la communication

Une étude menée par Susan Goldin-Meadow, professeure de psychologie à l’Université de Chicago, qui a consacré des décennies à l’étude des gestes de la main en situation de communication est partie plus loin que le simple intérêt des mains en situation de dialogue mais a constaté d’autres rôles joué par les mains que la simple fonction d’expression émotionnelle :

Cette étude montre comment le langage non verbal se manifeste dans la gestuelle des mains.

1-Le geste facilite la pensée, pas seulement la communication: Ses recherches montrent que parler avec les mains fluidifie l’expression verbale et facilite la compréhension du message par l’interlocuteur. Cependant, des enfants qui faisaient des gestes pendant l’arithmétique retenaient mieux les informations que ceux qui gardaient les mains immobiles.

Un des points les plus frappants : ce comportement est 100% naturel, pas acquis. Ces recherches ont étudié des enfants aveugles de naissance, racontant des histoires à d’autres enfants également aveugles de naissance — donc sans jamais avoir vu personne gesticuler.

Résultat : ils utilisaient leurs mains tout autant que les enfants voyants. Ça prouve que le geste n’est pas juste destiné à l’autre; il sert aussi à structurer sa propre pensée.

2- Le geste peut aussi révéler ce que les mots ne disent pas encore: Goldin-Meadow a montré, avec une expérience classique (transvaser de l’eau d’un verre fin vers un verre large), que le geste d’un enfant peut parfois contredire ou anticiper sa réponse verbale — révélant une compréhension en cours de formation, pas encore consciente ou verbalisée.

Ce deuxième point est très important car il met en lumière le concept de concept, c’est-à-dire le geste qui précède la parole. Le concept est le geste qui précède la parole, à transmettre comme exemple.

Pour plus de détail sur ce deuxième point, l’expérience est comme suit :

Le protocole expérimental

L’expérience repose sur le test classique de conservation des liquides de Jean Piaget :

  1. Étape initiale : On présente à un enfant deux verres identiques (A et B) remplis du même volume d’eau. L’enfant confirme qu’il y a la même quantité d’eau dans les deux.
  2. Transformation : Sous les yeux de l’enfant, l’expérimentateur verse le contenu du verre B dans un verre C, nettement plus large et plus bas.
  3. La question : « Est-ce qu’il y a toujours la même quantité d’eau, ou est-ce qu’il y en a plus ou moins dans l’un des deux ? Et pourquoi ? »

La découverte : le phénomène de mismatch (non-concordance entre geste et parole)

Chez les enfants d’âge intermédiaire (souvent entre 5 et 7 ans), en transition vers la maîtrise du concept de conservation, Goldin-Meadow et son équipe observent une dissociation nette entre ce que dit l’enfant et ce que font ses mains:

  • La réponse verbale (incorrecte) : L’enfant affirme par exemple : « Il y en a moins ici parce que l’eau monte moins haut. » (Focus unique sur la hauteur du liquide, raisonnement non-conservateur).
  • Le geste simultané (correct ou compensatoire) : En même temps qu’il prononce cette phrase erronée, l’enfant effectue un geste avec ses mains qui prend en compte la largeur du verre — par exemple en écartant les paumes pour souligner le diamètre du verre C, ou en faisant un mouvement montrant que la largeur compense le manque de hauteur.

Ce phénomène explique que le geste devance la parole et la précède. Il montre que le cerveau de l’enfant a déjà capté une variable critique (la largeur) qu’il n arrive pas encore à formuler ou à intégrer consciemment dans un raisonnement logique complet.

Il montre aussi que l’accès au processus cognitions en cours : cela démontre que le développement cognitif n’est pas binaire (savoir ou ne pas savoir), mais passe par un état intermédiaire où la connaissance est incarnée et sensorimotrice avant d’être conceptuelle et verbalisable.

1.Le geste d’écartement (Largeur)
Pendant que l’enfant dit verbalement : « Il y en a plus ici parce que c’est plus haut » (en pointant le niveau du verre haut), ses mains miment simultanément la largeur du récipient bas en écartant les deux paumes ouvertes horizontalement autour du verre large.
2. Le geste de compensation (Mouvement combiné)
L’enfant fait un geste vertical pour indiquer la hauteur du premier verre, suivi immédiatement d’un geste horizontal de balayage sur le second verre.
Sa bouche exprime un raisonnement univarié (une seule dimension : la hauteur), mais ses mains articulent déjà un raisonnement bivarié (hauteur + largeur), prouvant que l’information spatiale globale est traitée inconsciemment avant de pouvoir être formulée verbalement.

Ces découvertes rajoutent aussi une compréhension plus large sur le rôle des mains en communication non verbale

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